Durant l'année 1999, l'économie japonaise devrait connaître un certain répit grâce aux énergiques mesures de relance prises par le gouvernement. Mais si les établissements financiers et les entreprises n'en profitent pas pour se restructurer et consolider leurs activités, l'économie risque de retomber dans un état critique une fois que l'effet des mesures gouvernementales se sera dissipé. Le Japon doit se doter de nouveaux systèmes qui ne mettent plus l'accent sur l'uniformité des résultats mais privilégient la prise de risques et la créativité.
Le Japon n'est pas tant en proie à une crise financière qu'à une crise d'indécision. Les médias et les partis de l'opposition ont agi avec imprudence en retardant l'action gouvernementale destinée à régler des problèmes difficiles. Les hommes politiques agissent au gré des divers courants de l'opinion publique, elle-même incapable de trouver de bons critères de décision. En accordant trop d'importance à la nécessité de s'internationaliser, les Japonais sont devenus incapables de définir les priorités nationales.
Le Japon se trouve confronté à quatre crises : les experts en économie lui font cruellement défaut; sa population risque de diminuer de moitié au cours des quarante prochaines années; les réserves de pétrole, ressource pour laquelle le pays est entièrement tributaire des importations, devraient être épuisées d'ici la seconde moitié du XXe siècle; et avec l'accumulation des déchets, les Japonais doivent s'attendre à une série de problèmes écologiques.
L'ORDRE DU JOUR DIPLOMATIQUE
Le premier ministre Obuchi Keizô manifeste une grande autonomie dans le domaine des affaires étrangères, ce qui est tout à fait inhabituel pour un pays qui se contentait jusqu'ici de répondre aux initiatives des autres. Ce changement est apparu clairement dans le discours politique que M. Obuchi a prononcé à Hanoi en décembre 1998, et dans une série de rencontres au sommet où il s'est montré très actif. Pour qu'il puisse continuer sur sa lancée, il faudrait renforcer l'autorité du cabinet et cesser de procéder à de trop fréquents remaniements ministériels. Enfin, pour la formulation des politiques, il faudrait tirer parti des compétences de l'Administration comme des partis politiques.
La tension est en train de monter sur la péninsule coréenne. L'année dernière, les Nord-Coréens ont lancé un missile dont la trajectoire passait par le Japon, et certains signes donnent à penser qu'ils préparent un second tir. Si la situation continuait à se détériorer, elle pourrait aboutir à une rupture de l'accord-cadre de 1994, par lequel les Américains et leurs alliés se sont engagés à aider la Corée du Nord en échange du émantèlement de ses installations pouvant produire du plutonium. Pour dissuader Pyongyang de recourir à des actions inconsidérées, le Japon doit d'une part réaffirmer sa confiance dans l'alliance nippo-américaine et d'autre part étudier la possibilité d'une négociation avec Pyongyang.
L'EFFONDREMENT DE LA NATALITÉ
Le principal facteur en cause dans l'alarmant déclin de la natalité que l'on observe aujourd'hui au Japon est le passage d'un mode de vie centré sur le groupe à un autre qui privilégie l'individu. Le coût élevé de l'éducation des enfants va lui aussi à l'encontre d'un accroissement des naissances, de même que le congé de maternité et le système de garderie, tous deux largement insuffisants. Pour faire face à ce problème, les Japonais doivent cesser de penser que les enfants doivent être élevés exclusivement par leurs parents et accepter de partager la tâche avec d'autres en partant du principe que les enfants sont des "biens publics".
Pour les jeunes femmes d'aujourd'hui, qui tiennent à leur liberté, les contraintes du mariage, des tâches ménagères, de la naissance et de l'éducation des enfants représentent des facteurs de stress importànts. Mais les mesures financières et autres prises pour leur venir en aide ne constituent pas en elles-mêmes une motivation suffisante pour encourager le mariage et les naissances. La dénatalité est un produit du système de valeurs d'après-guerre et le problème ne pourra être résolu tant que ces valeurs perdureront.
CULTURE ET CIVILISATION
Plus de trente ans se sont écoulés depuis la dernière naissance masculine dans la famille impériale japonaise. L'accession au trône étant réservée aux descendants masculins, on peut donc s'inquiéter pour la continuité de la lignée impériale. La succession se fait conformément à la Loi sur la maison impériale, qui -- contrairement à la loi antérieure, promulguée en 1889, après plus de dix ans de délibérations -- a été rédigée à la hâte au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Depuis l'entrée en vigueur de cette nouvelle loi, la monarchie est devenue un sujet tabou. Maintenant que l'empereur est entré dans la dixième année de son règne, il est temps que le peuple japonais engage un débat approfondi sur les questions liées à l'institution impériale.
Le premier ministre Obuchi Keizô s'est donné pour but de faire du Japon une "nation florissante et vertueuse" (futoku yûtoku), version moderne du célèbre mot d'ordre du XIXe siècle, fukoku kyôhei, "enrichir le pays, renforcer l'armée". Une initiative essentielle pour y parvenir serait d'embellir le pays en s'inspirant de l'idée traditionnelle de recréer un environnement rural dans des zones urbaines. Les premiers visiteurs occidentaux au Japon ont été captivés par la beauté du pays : c'est cette beauté que les Japonais devraient s'efforcer de recréer.
Les origines de la cuisine japonaise moderne, qui allie la qualité des produits à la beauté de la présentation, remontent à la révolution culinaire qui s'est produite il y a 450 ans, avec le développement de la cérémonie du thé (chanoyu) et de la cuisine (kaiseki) conçue pour l'accompagner. L'alimentation traditionnelle, qui se caractérisait par une abondance de mets et un grand déploiement de décoration, a cédé la place à une cuisine beaucoup plus sobre, présentée simplement, en quantités modérées et dans un ordre de succession soigneusement établi. Comme la cérémonie du thé, le kaiseki est fortement influencé par le zen.
Index récapitulatif de 1993-2008
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