La crise qui frappe le monde japonais de la finance s'est brusquement aggravée au mois de novembre. En témoigne la faillite de deux grands établissements : la Banque Hokkaidô Takushoku, l'une des plus grosses banques urbaines du pays, et Yamaichi Securities, l'une des quatre grandes maisons de titres de Tôkyô. Ces faillites montrent toutefois que le système financier japonais est enfin entré dans l'ère du marché. Les réformes que le premier ministre Hashimoto Ryûtarô se propose de mettre en uvre dans le cadre du "big bang" offrent une issue à la crise actuelle.
ASIE DE L'EST : PROBLEMES ET PERSPECTIVES
Dans l'après-guerre, les fonctionnaires ont conservé leur emprise sur le pays, et le public a accepté l'idée que ces hommes d'élite étaient tout à fait capables de se charger efficacement et équitablement de la distribution des ressources. Le courant égalitariste, qui bénéficiait de la popularité de l'idéologie socialiste, est devenu prédominant. Dans les relations économiques avec l'étranger, on a mis l'accent sur la libéralisation par étapes, non pas tant dans l'optique de la défense des consommateurs que dans celle de la protection des secteurs d'activité les plus faibles. Mais depuis une dizaine d'années, les fonctionnaires ont changé de discours et ce sont les vertus de l'ouverture des marchés qu'ils chantent désormais. Le Japon cherche son chemin à tâtons ; il a besoin de l'énergie que procure la liberté économique mais il ne doit pas pour autant perdre le sens de la modération.
Il existe aujourd'hui une telle interdépendance entre les marchés financiers que toute défaillance de l'un d'entre eux risque de se propager aux autres. Hongkong est une source potentielle de problèmes, avec sa monnaie grandement surévaluée. Le yuan chinois n'est pas non plus à l'abri d'une attaque qui pourrait inciter Pékin à se débarrasser de ses emprunts d'état américains. Les progrès de l'Union monétaire européenne peuvent aussi déclencher une crise internationale s'ils maintiennent les taux d'intérêts européens à des niveaux trop élevés. Mais c'est le Japon qui suscite le plus d'inquiétudes. Le secteur financier y est en difficulté et le BTP va être mis à rude épreuve à mesure que le gouvernement réduira ses dépenses de travaux publics. La relance de l'économie passe par une baisse des impôts sur les sociétés comme sur les particuliers.
Malgré la crise monétaire qui a frappé l'Asie du Sud-Est en 1997, le processus d'adaptation devrait s'achever avant trois ans. Les pays de la région ont une économie fondamentalement saine, avec, entre autres, des taux d'épargne élevés. Mais ils doivent affiner la structure de leurs industries et éviter la dépendance vis-à-vis des capitaux à court terme. Il importe également qu'il fassent preuve de modération dans leurs campagnes de déréglementation, qui tendent à encourager l'apparition d'établissements financiers peu solides. En ce qui concerne les afflux de capitaux étrangers, un contrôle s'impose pour veiller à ce qu'ils soient utilisés de façon productive.
LA RÉORGANISATION DE L'APPAREIL DE L'ÉTAT
L'auteur, qui a lui même travaillé au ministère du Commerce extérieur et de l'Industrie, s'élève contre l'idée reçue que les fonctionnaires japonais constituent une élite talentueuse. Selon lui, ils sont incapables d'accepter les informations qui vont à l'encontre de leurs idées, et les compétences administratives de base leur font défaut. Le pire, c'est leur incapacité à faire la différence entre ce qui convient et ce qui ne convient pas, ce qui est essentiel et ce qui ne l'est pas. Il est donc urgent de procéder à une réforme pour réduire la place occupée par l'Administration et s'en remettre davantage aux mécanismes du marché, où seuls les gens compétents peuvent prospérer.
Un haut fonctionnaire du ministère des Finances réclame la révision du système qui accorde un statut privilégié aux travaux publics. La formation de capital fixe est quatre fois plus importante au Japon qu'aux états-Unis. Par l'énorme soutien financier qu'elle accorde aux collectivités locales, l'Administration centrale exerce en outre une influence malsaine sur les régions. Le Japon doit désormais se transformer en " pays de l'environnement ", en misant sur la beauté de la nature, sacrifiée jusqu'ici sur l'autel de la croissance. Et plutôt que de se focaliser exclusivement sur les états-Unis, il doit s'ouvrir aux informations en provenance du monde entier.
IMMIGRATION CLANDESTINE ET CRIMINALITÉ
La récente internationalisation du Japon n'a pas que des bons côtés, puisqu'elle est à l'origine de la multiplication des crimes commis par des étrangers. Particulièrement frappante à cet égard est l'émergence de la pègre chinoise, dont les premières victimes sont les Chinois eux-mêmes, mais aussi les Japonais. Un projet mal conçu en vue d'accueillir un plus grand nombre d'étudiants étrangers a entraîné un afflux d'"étudiants en langue" qui ne reculent devant rien pour gagner leur vie. Les préjugés des Japonais vis-à-vis des étrangers, en particulier des autres peuples asiatiques, a contribué à cet essor de la criminalité en donnant aux malfaiteurs des arguments pour justifier leur conduite et en décourageant les victimes étrangères de collaborer avec la police.
L'auteur se penche sur la différence que Francis Fukuyama établit entre " sociétés à forte confiance " et " sociétés à faible confiance ", les premières (dont les états-Unis et le Japon) étant plus propices au développement économique. Après avoir noté l'ambiguïté de cette notion de confiance, qui englobe à la fois la morale individuelle et la morale collective, il examine les liens qu'elle entretient avec le concept hégélien de " murs ".